1 mai
Lâche l'internet. Ce n'est pas lui qui fera advenir les choses. (Se sentir regardé par son écran alors que c'est soi qui devrait l'observer et orienter ce qui s'y présente. Trop de passif.)
2 mai
Retour d'un souper avec M. (personne de la famille: ma génitrice disons-le) qui a fini par mal se passer. Scène complète avec larmes de crocodile en plein restaurant, au grand amusement des clients d'ailleurs. Je suis assommé par mon dessert et me sens comme piégé, devant subir cette attaque à l'heure typique où ma pensée s'embrume. Elle s'attaque avec acharnement à ce qu'elle croit que je pense d'elle. Je peux parfaitement vivre sans toi, tu sauras! Je le sais, mais je me demande si elle croit que la réciproque est vraie, si elle le sent comme un avantage.
En somme, j'ai trouvé toute cette scène odieuse. Si odieuse en fait même que j'en parle ici, ce que je ne fais habituellement jamais. Ce n'était pas la première, pensez, mais celle-là fut franchement de trop. Et pas de ce genre de honte que l'on puisse aimer, à la Lapierre; juste un gâchis.
3 mai
Retour là-dessus. Je vois rarement des gens, et il faudrait, quand j'en vois, que cela se passe sous la menace d'un psychodrame familial sur le point d'éclater? Autant rester chez soi. Autant crever.
Tout ça parce que je n'ai pas manifesté l'intérêt qu'il fallait devant le fait qu'elle se mette à écrire. C'est comme l'enfant qui dit: regarde, maman! Pipi en pot! — Et la mère de répondre: moi aussi, et j'étais là avant. Applaudis-moi maintenant. C'est tordu — ma mère comme celle qui demande constamment le feedback dans ce clan détruit.
Tout ça parce que je n'ai pas manifesté l'intérêt qu'il fallait devant le fait qu'elle se mette à écrire. C'est comme l'enfant qui dit: regarde, maman! Pipi en pot! — Et la mère de répondre: moi aussi, et j'étais là avant. Applaudis-moi maintenant. C'est tordu — ma mère comme celle qui demande constamment le feedback dans ce clan détruit.
Chronique "People"
C'est rompu entre RL et BL et ce dernier n'a pas tardé de manifester son affliction sur les zinternettes. Je lui écris qu'il a fini par m'émouvoir. La raison est simple: j'y suis passé, j'y suis pour ainsi dire encore, et j'y pense presque tous les jours. Le désir de prendre à parti par le biais d'une sorte de téléréalité-isation de la plainte sur les plateformes Wèbe, par contre, est assez troublante. Pas le meilleur move à faire.
(Il me semble, à l'époque, m'en être tenu assez farouchement aux échanges de emails, à l'adresse directe à l'intéressée, plus deux ou trois amis sûrs, mais pas à la cantonade. En fait j'ai toujours cherché à dire aux personnes concernées, si elles le cherchaient, ce que je pensais d'elles, en bien, en mal — les autres n'ayant rien à voir là-dedans. Manque de bol, c'est sans doute aussi inutile que se répandre partout.)
Enfin pour BL dès le début sa liaison était entrée dans son écriture. On pouvait quasiment tracer la courbe de ses émois au fil des billets comme une sorte de roman feuilleton. C'est dangereux je crois. A tendance à précipiter les choses vers le pire, vers des fins prématurées. (Illustration de ma théorie du secret comme soutènement de l'identité, apprise à la dure.)
À part ça, commencé par hasard Paysage de fantaisie, de T.Duvert sans m'apercevoir que j'ai acheté ce livre il y a un an jour pour jour. Détail amusant: la bannière jaune — mettant l'emphase sur le nom de l'auteur — ne se rabattait pas sur les couvertures mais encerclait le livre entier, comme pour empêcher le chaland de l'ouvrir, comme une mise en garde, un pensez-y bien. Détail troublant: dès le début, le narrateur se présente comme corps en décomposition, en voie de pourrissement, une anticipation frappante de ce qui allait arriver à Duvert même, qui mourra si isolé du monde qu'on ne trouvera son cadavre chez lui que deux mois après son décès.
4 mai
Si j'ai encore la prétention d'être « créateur » (ou simplement créatif), force est d'admettre que mon quotidien manque sévèrement d'occcasions de laisser entrer l'art. Écris pas assez (trop de web), lis pas assez (trop de web), mange pas assez (trop de pain liquide), et pas de musique (écoutée ou faite), plus de cuisine depuis des lustres. Des choses que j'ai aimé faire, pourtant.
7 mai
Regardé la petite vidéo de la lecture de Drama Queens. Vickie Gendreau en reine bouffie sur chaise roulante sortie des soins palliatifs, sous médication intensive, méconnaissable, portant un strap-on à studs et une couronne de Prisunic. Jamais le carnavalesque n'a semblé aussi macabre. Très douloureux à regarder. Et pourtant là par l'exemple, on devrait s'éjouir de ce superbe fuck you adressé à la mort. Mais mes yeux ne savent pas choisir entre le désastre déséspérant de la maladie que je vois là montrée et la dernière, ultime injonction à vivre qu'il y a sous le channeling d'amour incroyable qui se serait produit alors et dont on m'a parlé comme un moment de communion qu'aucun adverbe ne saurait qualifier, lors de cet événement (pendant lequel je m'escrimais plutôt à déménager l'Ami Américain, d'ailleurs assez piteusement). C'est déchirant.
9 mai
Moralité: Les boîtes de
céréales sèment la discorde dans les familles.
10 mai
Je m'embarre en dehors de chez moi et ce n'est pas innocent. Mais ça doit être un beau métier que celui de technicien serrurier, et tirer les gens du pétrin à longueur de journée.
11 mai
Vickie Gendreau est morte à 7h30 ce matin. Je ne sais pas ce que ça me fait. On ne s'est jamais parlé, pas connu. Je ne l'aurais probablement pas intéressée de toutes façons. Qu'importe. Je relis tout son livre, écrit pour ce jour et pour les jours d'ensuite. Avant, c'était une lecture de sursis. C'est maintenant qu'elle commence d'être intelligible. Chacun des destinataires est renvoyé à sa (plus ou moins) propre conscience. Ça fait mal.
14 mai
Le couple auquel j'enseigne depuis quelque temps est revenu de voyage en état de crise. On devine beaucoup de choses dans la tension qui règne. Leurs efforts ne se coordonnent plus comme avant. On est au bord de l'anarchie.
15 mai
Je me perds en calculs et en pronostics obsessionnels une partie de la journée.
Le dernier Daft Punk revitalise mon intérêt pour le disco. Nostalgie des jours où j'officiais comme dj au Bistro de Saint-Henri. Mine de rien, il y a déjà dix ans, j'entreprenais des recherches quasi-archéologiques pour mettre la main sur la version de I Feel Love que je voulais: l'originale, la vintage. Sans doute la chanson de mon répertoire qui a été la plus difficile à trouver, et l'une des meilleures aussi.
Le DJ-ing était aussi un moyen de manifester mon insatiable libido à la planète et ça marchait plutôt bien, alors. Derrière cette musique se dresse une cohorte de rejects d'école s'emparant de leur autonomie d'adultes pour porter brillants et paillettes et souliers plateforme, reconstruire leur identité par l'exubérance en composant les plages d'un manifeste hédonisto-festif et extravagant en faveur de la jouissance sans entrave. Contre la carence de certains d'entre eux en matière de phéromones, se présentait l'alibi et la fierté de se prétendre d'une autre planète et celle de savoir entraîner les terriens vers les pistes de danse et les clubs échangistes. Années glorieuses.
Le DJ-ing était aussi un moyen de manifester mon insatiable libido à la planète et ça marchait plutôt bien, alors. Derrière cette musique se dresse une cohorte de rejects d'école s'emparant de leur autonomie d'adultes pour porter brillants et paillettes et souliers plateforme, reconstruire leur identité par l'exubérance en composant les plages d'un manifeste hédonisto-festif et extravagant en faveur de la jouissance sans entrave. Contre la carence de certains d'entre eux en matière de phéromones, se présentait l'alibi et la fierté de se prétendre d'une autre planète et celle de savoir entraîner les terriens vers les pistes de danse et les clubs échangistes. Années glorieuses.
(Zut, j'avais oublié de parler de Disco Inferno...)
16-17 mai
Levé de très bonne humeur bien qu'ayant peu dormi, pcqu'allongé 3500 mots hier, et rêvé de chaleur humaine.
Tombe bien: because le lancement, le soir se termine en agapes dont on fait la matière des légendes, fussent-elles de carton. Derrière ce genre de débauche se manifeste aussi un intense désir de célébrer la vie, désir dont je suis totalement épris malgré ma tonalité à dominante mortifère. J'aimerai toujours ce genre de fête chaotique entreprise en groupe pareils à des Don Quichotte chargeant vers des horloges qu'ils espèrent arrêter en croyant de fait pouvoir arrêter le temps même. Je voudrais, oui, que le temps s'arrête sur une fête sans fin, ou une matinée sexuelle indûment prolongée. La seule ombre au tableau, c'est me demander toujours si dans l'ivresse je n'aurais pas laissé échapper ou dit quelque bêtise à regretter, et que je pourrais avoir oubliée, moi le premier (rarement les autres). Cela m'inquiète toujours même si je n'ai en mémoire cette fois-ci que des impressions d'exaltation fortement arrosée et le souvenir de mon incapacité à ouvrir YouTube sur l'ordinateur pour trouver du Funk, pendant qu'on danse.
Je n'aime définitivement pas ne pas pouvoir tenir un discours cohérent, finir une phrase, même dans ce genre d'ambiance où, pour me rassurer, on me dit parfois que c'était le cas de tout le monde.
18 mai
Dans la veine "je ne sais pas ce qui me prend et je réfléchirai après", j'accumule les poses torse-nu sur FB et fais de l'air guitar (avec une vraie guitare) sur du Led Zep. À y repenser, je crois que ça m'aide à me regarder un peu mieux que dans le miroir de ma salle de bains, dont l'éclairage, du dessus uniquement, me creuse les joues, dégarnit le haut de mon crâne et me fait des poches sous les yeux. Dans un cas comme un autre, je devrais quand même m'efforcer de reconquérir un minimum de tonus, déménager l'Ami Américain l'autre jour fut proprement cauchemardesque.
Il est d'ailleurs venu, et pas trop chaud pour Random Access Memories. Mais je ne peux pas écouter plus de 2 tounes de PJ Harvey sans être saisi d'une puissante envie de pleurer. Ce filet de voix d'ange, on n'aurait tellement pas voulu qu'il doive raconter ces visions de massacre, de membres humains suspendus aux branches des arbres comme des quartiers de viande dans l'étal d'un boucher. Hélas, il le fallait, et le scandale d'une voix si belle racontant des horreurs pareilles te rend tout l'odieux de la guerre.
19 mai
Rien de spécial. Angoisse et courbatures.
20 mai
Fête de la Reine pour les anglos. Journée des patriotes pour les autres. Ironie canadian typique. La double-cause de ce jour-férié pour tous est si antithétique (oxymoronique?) qu'il s'en faudrait de peu pour que s'annulent ses deux faces, dans l'oubli. Mais je me souviens. Un peu, en tout cas.
Et maintenant —



