lundi 12 septembre 2011

Realest Shit — TAG_2

recap: voir ici pourquoi j'ai recopié ça

Le pourquoi du comment je m'y prends à deux fois, cette quote :  « L'idée est simple: ressortir un vieux texte à prétention littéraire et le recopier avec un minimum d'explications contextuelles, pour le plus grand plaisir de tous et toutes. » 

Minimum de contexte — pourquoi ne pas en mettre aucun.  Ce récit d'épouvante, à sa façon boiteuse, ne tient-il pas debout tout seul?

Quoi qu'on en pense, il n'est pas un intrus dans la toile de ce blogue.  


L'HOTEL



La route était sombre et sans fin, d'une monotonie sans égal. Je ne connaissais pas du tout l'endroit, et il restait très peu d'essence dans ma voiture. Il falait que je m'arrete pour faire le plein sinon crac poutt! J'étais bon pour la grande pousse.
Pour rester éveillé, je me redéfilais en film ce qui s'était passé pendant la journée. Ce matin-même, je ne me doutais absolument de rien de ce qui allait se produire. Je déjeunais et puis paf! le téléphone. Alors je vais répondre et, à ma grande surprise, entendit la voix de ma sœur toute heureuse de me parler, me rappelant que c'était son anniversaire le lendemain et qu'elle faisait un party du tonerre chez elle et, enfin, qu'elle insistait pour que je vienne. J'ai accepté.

Sauf que ma sœur habitait dans le Maine et moi qu Québec, alors ça s'était comme qui dirait problématique parce que la voiture que j'ai, eh bien elle vaut pas gros et elle consomme comme trois. Mais çela ne m'a pas empêché de prendre la route, peu de temps après. Mais si il y a quelque chose que je déteste, c'est bien ces routes abandonnées en pleine montagne. Et là, je m'en tapais quelques centaines de kilomètres, Mais, à l'aides de cartes, je me débrouillais pourtant pas mal, jusqu'au moment où le nuit est tombée alors là je me suis complètement trompé de chemin, et en plus, comme je l'ai mentionné avant, je commençais à manquer de gaz, en plein New Hampshire.

Ma voiture commençait à montrer certains signes de faiblesse, qui m'inquiétaient beaucoup. Ce fût alors que je vis, ô miracle, un petit motel bien crasseux, fait exprès pour les routiers de mon espèce. Ce n'était pas une station d'essence, seulement un motel. Mais je tombais de sommeil, et l'idée me vint de rester pour la nuit, pour reprendre des forces (Dieu sait que j'en avais besoin!). Alors je stationnai ma voiture dans le seul parking de l'hotel, un petit terrain en cailloux, vraiment minuscule. De quoi garer peut-être six voitures, environ trois par côté. J'ai débarqué, fermé la porte à clef, et regardé un peu le paysage qui m'entourait. La foret. La plus dense des forets. Des montagnes à perte de vue. Et cet autoroute, et cet hotel, finalement... Je regardai l'insigne. En lettres rouge fluorescentes attachées, était écrit le nom du motel (THE DRIVERS MOTEL). J'ai soupiré longtemps, ai pensé à la situation dans laquelle j'étais et humai l'air pur de la forêt. Et finalement, j'ai ouvert la porte d'entrée du motel.

C'était pas mal, finalement pour un motel qui avait l'air crasseux de l'extérieur... Disons que c'était plus propre que sale... À l'entrée, juste devant, il y avait un bureau style au marbre avec un petit cendrier dessus et une clochette pour appeler le service. À ma gauche, il y avait une machine distributrice de cigarettes et une autre de liqueurs. Elles marchaient, j'entendais leur vrombissement. Cette petite chambre était éclairée au tube fluorescent, l'éclairage était presque aveuglant quand on regardait vers le haut.

Voyant qu'il n'y avait personne, je tapai sur la petite sonnette à quelques reprises, et attendai.

Lassé d'être debout, je m'accotai sur le bureau...

Après quelques minutes, je me dirigeai vers la machine de "soft drinks" et y versai quelques vingt-cinq sous, pour me rafraîchir un peu. Je me choisis un Slice. La cannette tomba au bas de la machine avec un énorme Boum! Très vite, je l'ouvris et bût.

Quand la cannette fût vide, je commencai à trouver le service un peu long. Je me mis à taper sur la sonnette à intervalles réguliers en criant: "héoooh! Y a quelqu'un? Y a quelqu'un ici? Youhouuu! Répondez!" C'est alors qu'une petite porte à gauche du bureau que je n'avais pas encore remarquée s'ouvrit, et le caissier apparût.

Il était si bizarre que j'en restais figé sur le coup. Je le regardais s'installer derrière le bureau, sortir toute sa paperasse et me dis que je n'avais jamais vu personne de pareil. Il était à peu près de ma taille mais il était très difficile de deviner son âge. Il avait la peau un peu ridée, n'avait pas de traits particuliers. En fait, sa peau semblait incroyablement tendue. Juste pour ça je lui aurais peut-etre donné environ trente cinq ans. Mais il était... disons... il était couvert de bleus. Et, en plus, il dégageait une odeur plus que désagréable.

— Excusez-moi, mais j'aimerais louer une chambre pour ce soir...
—Bah, ce n'est pas grave. Vous êtes bienvenu... Vous m'excuserez du retard, c'est que je ne reçois plus beaucoup de clients ces temps-ci. Tenez, le dernier date d'au moins une semaine!" Sa voix était vraiment bizarre... Elle était rauque et... c'est difficile à dire finalement... elle était comme imbibée de saleté...
— Eh dites! dit-il.
— Hem, quoi?
— Ça fera vingt-cinq dollars!
— Ah, oui!
je sortis de ma poche mon porte-monnaie et lui donnai l'argent. Il saisit les dollars et les mit dans un tiroir fermé à clef avec une indifférence marquante. Ensuite, il me donna un e clef.
— Chambre cinq, me dit-il.
Sans dire un mot, je sortis de cette petite salle. Dehors, il avait commencé à pleuvoir à torrent. Je longeai le bâtiment en me frayant un passage à travers les hautes herbes qui l'entouraient. J,avais un peu de misère à déchiffrer les nombres inscrits sur les portes, cachés par l'obscurité. Finalement, je monta sur le balcon pour mieux voir. 3... 4... 5... ca y est. J'insérai la clef dans la serrure et ouvrai la porte.

La chambre à l'intérieur était convenable. Un lit double, un petite table à chaque côté, un bureau juste devant avec une télévision dessus, et à gauche de la porte d'entrée, une salle de bain.

Ayant une terrible envie d'uriner (et cela arrive à tout le monde) je me précipitai vers les toilettes et fit ce que j'avais à faire. Ouâaâh... quel soulagement tout à coup. Un minuscule frison me parcourût, frisson typique des gens qui pissent. Une fois le tout terminé, je sortai des toilettes et regardai mon lit. Un petit bout de couverture dépassait du dessous. je m'avançai vers le lit en m'interrogeant si, dans le môtel, les employés mettaient les couvertures propres sous les lits. Je me penchai et tirai sur le bout de drap.

Le spectacle était répugnant. Le drap sous mon lit était sale, horriblement sale. De quoi écœurer un homme civilisé. Car ce drap était tacheté d'excréments encore frais et de quelques gouttes de sang. je me rendis également compte — avec dégoût — que les quatre coins du drap étaient étrangement solides et difficiles à plier. Inutile de réfléchir longtemps pour reconnaître la texture qui raidissait ces quatres coins de drap.

Mais qu'est-ce qui s'était donc passé? Je me suis dit. C'était pourtant simple à deviner. [...] 

Quand j'ai compris tout cela, j'ai eu la nausée. D'ailleurs l'odeur du drap lui-même donnait la nausée. Mais je me retins de vômir... Je réduis la couverture en boule et sortit de la chambre.

Il pleuvait dehors. C'était pas très drôle, parce que la pluie réhydratait le sang et toutes les cochonneries qu'il y avait sur le drap. Pas très appétissant... je me dirigeais vers le bureau d'administration.

Une fois entré, je jetai les draps sur le bureau juste en face de mon étrange caissier.

—J'aimerais savoir ce que c'est ça, lui dis-je, d'un ton impatient.
—Mais monsieur, ce sont des draps!
—Ah oui! Mais vous n'avez pas vu l'intérieur! Ah ça alors!
je dépliai un peu les draps. Juste assez pour découvrir que le drap était horriblement sale et puant. Le caissier le regarda sans surprise.
— Oui, et après, dit-il. je m'emportais.
—Ah, ça c'est la meilleure. Y'a que je veux changer de chambre! Voilà ce qu'il y a! Changez ma clef! Si vous croyez que je vais dormir dans une chambre qui a servi à une orgie, eh bien vous vous trompez complètement!
—Mais qu'est-ce que vous me racontez là! me dit le caissier, de sa voix rocailleuse.
—hein?
—Toutes les chambres sont pareilles!
—Quoi? j'étais stupéfait.
—Vous allez même voir pourquoi.
—Eh! Mais...
—J'ai l'habitude de faire ça dans les chambres, mais cette fois ça sera dans le bureau, pour faire changement...

Je ne comprenais plus du tout ce qui se passait. C'est alors que mon caissier fût agité d'étranges spasmes. Son corps semblait dépourvu d'os... Sa peau pleine de bleus se tortillait et se perçait en plusieurs endroits, laissant couler un étrange liquide bleu foncé, aux effluves nauséaubondes. Il se passait quelque chose d'anormal ici. Je pris panique et me jetai sur la porte de sortie. Impossible à ouvrir. Elle était barrée de l'intérieur, méthode que l'on utilise lorsqu'un client ne veut pas payer ce qu'il doit.

L'affreux caissier se dirigeait vers moi en me regardant d'une façon pleine de démence. Il essayait de me dire quelque chose mais tout ce que j'entendais c'était: GRALRGRLAB...GLOURGLAB...

Alors je me jetais vers l'autre porte, en face de la porte d'entrée. Je l'ouvris et la barrai derrière moi. Pendant que j'entendais le caissier frapper la porte en hurlant, j'inspectai la chambre. Ça devait etre la chambre à coucher du caissier, car elle était très personnalisée. À première vue, rien d'anormal. Et pourtant...

Comment un homme normal pouvait-il agir de la sorte? Et son sang, la couleur de son sang... son odeur... et sa peau, violacée aux odeurs putrides... j'ouvris le garde-robe.

Ce que j'ai vu m'a sauté aux yeux. Des corps humains, nus, sans os, sans organes internes; vidés de l'intérieur, suspendus par des cintres dont le crochet leur sortait de la bouche. Des peaux humaines, disposés dans un garde-robe comme des habits. Il y en avait au moins dix, tous à un degré de décomposition différent. Je me mis à vomir. En hurlant.

— Ouvre, OUVRE! J'AI FAIM! criait le caissier en tapant, en essayant d'enfoncer la porte. La terreur m'immobilisa complêtement, comme dans un cauchemar. Ce n'était pas un caissier, c'était un monstre, une horrible créature qui me boufferait l'intérieur de mon corps et se servirait de mon enveloppe externe pour se cacher.

La porte, sous les assauts de la créature, fendit légèrement en deux. En tout cas, elle fendit assez pour que le monstre pas un Bras monstrueusement sanglant et recouvert de peau humaine déchiquetée et pendante au travers, la main se dirigeait vers la poignée. Ça m'a fait un déclic. À une vitesse et une force folles, je me précipitai sur le lit et fit un bond extraordinaire, me lancant la tête la première dans la fenêtre.

Je ne me rappelle pas très bien ce qui s'est passé après. Je me rappelle d'avoir ressenti une douleur atroce, et d'avoir entendu un bruit assourdissant "KWAK!" pour atterir dans la boue, à la pluie battante, non loin d'un nid d'abeilles affolées.

Ayant momentanément un peu perdu la raison, sonné par le coup dur que ma tête venait d'encaisser, je m'assis dans la boue et me frottai la tête pour voir si je saignais. À ce moment-là, je me demandais encore ce qui venait de m'arriver.

C'est alors que j'entendis un terrible hurlement juste derrière moi. Je tournai la tête et vit, à travers la fenêtre, une ombre monstrueusement inhumaine, qui sembalit faite d'une sorte de liquide, car elle bougeait d'une façon étrangement souple. D'un coup, tout mes souvenirs me revinrent en mémoire et je partis à la course vers ma voiture. Tremblottant, de froid et de terreur. j'ouvris la porte de l'auto et me jetais à l'intérieur. Coup classique: ayant pris froid à cause de l'orage, elle ne voulait pas démarrer. Je lui suppliais è voix haute de démarrer, donnais des coups de pied sur l'accélérateur. je vis le monstre qui courait en dément devant moi, se jetant sur la voiture. Je me mis à hurler tandis que, par réflexe, mon pouce gauche enfonçait le bouton pour klaxonner. De mon autre main, je tournai la clef et pesai à fond sur l'accélérateur.

D'un coup de tonnerre, l'auto démarra brusquement et avança à une vitesse folle. Je fonçai tout droit vers la créature. Je la heurtai. Elle hurla. Avec horreur, je la vis s'écraser sur le pare-brise comme une énorme crotte d'oiseau qui recouvre la vitre au complet. Çela fit un son étrange: une sorte de "shplourk" très feutré. Ce fût à mon tour de hurler: Avec cette cochonnerie sur mon pare-brise je ne voyais plus rien! je frainai d'un coup sec. La créature revola devant la voiture. elle (la créature) ressemblait à une énorme flaque de merde. Je reculait la voiture et m'enlignai sur l'autoroute pendant que je la voyais se rematérialiser en forme presqu'humaine sous mes yeux stupéfaits. Elle me parla. Elle me dit:
—Aie pas peur, petit con. J'vais t'attraper.
Je la regardai sans rien dire et partit à toute vitesse, sur l'autoroute.

Le reste du voyage s'est bien passé. Très vite, je trouvai une station-service et j'y fis le plein. Je n'eus plus d'autres problèmes.

Le lendemain matin, je suis arrivé chez ma sœur. Je fûs accueilli très chaleureusement. Les invités de sa fête n'étaient pas encore arrivés. Ils étaient supposés arriver plus tard dans la journée. Dommage que je ne puisse pas les connaître, car une heure après être arrivé chez ma sœur, j'ai décidé de repartir. Eh oui! je suis reparti chez nous pour ne plus revenir. Demandez moi pourquoi et je n'aurai qu'à vous répondre que ma sœur avait une voix très rocailleuse, était couverte de bleus et dégageait une odeur malsaine. Une odeur que je connaîs maintenant très bien.

Tout ce que j'espère, c'est qu'elle aît épargné quelques invités.

(5 septembre 1988).

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